Les Carnets de Turner
Chapitre IV
30 septembre 1991: Il y a eu tellement de travail la semaine passée, que je n'ai pas eu le temps d'écrire. Notre plan pour nous mettre à la disposition du réseau était simple et direct, mais le réaliser maintenant requerrait un terrible effort, du moins pour ma part. Les difficultés que je devais surmonter étaient énormes. Une nouvelle fois, je devais prendre en compte le fait que même le meilleur des plans pouvait comprendre une marge d'erreurs et d'impondérables.Fondamentalement, le réseau reliant toutes les unités de l'Organisation, dépend toujours de deux modes de communication: des messagers humains et des transmissions radio à très haute fréquence. Je suis responsable, non seulement de la radio de notre propre unité, mais aussi de toute la maintenance et l'installation des récepteurs des onze autres unités de Washington. De plus, je suis chargé des transmissions pour le Poste de Commandement de Washington et l'Unité 9. La décision de dernière minute du PCW d'équiper également l'Unité 2 d'un émetteur a vraiment désorganisé ma semaine. J'ai dû réaliser toute la mise en service.
De la façon dont est organisé le réseau, toutes communications requérant une consultation, un long entretien, ou un rapport de situation, se font verbalement, en tête à tête. Depuis que la compagnie du téléphone a créé un central analogique, aussi bien pour les appels locaux, que les appels longue distance et avec la police politique qui enregistre nombre de communications, la règle est de ne se servir du téléphone qu'en cas d'urgence.
Par ailleurs, les messages de nature plus anodine, qui peuvent être brièvement et aisément cryptés, sont habituellement transmis par radio. L'Organisation a développé, au prix d'une grande réflexion, un "dictionnaire" de presque 800 codes différents. Ceux-ci sont composés d'un nombre à trois chiffres et constituent des messages.
En plus, dans des cas précis, le nombre "2006" peut spécifier le message suivant: "L'opération programmée par l'Unité 6 est remise jusqu'à nouvel ordre." Un membre de chaque unité a mémorisé l'ensemble des messages et est responsable du déchiffrement, à tout moment. Dans notre unité cette personne est George.
Concrètement, ce n'est pas aussi complexe qu'on pourrait le croire. Les messages du dictionnaire ont été créés dans un ordre très logique, et pour celui qui peut se souvenir de leurs structures de base, il n'est pas trop dur de s'en rappeler. Le codage des messages change aléatoirement et très fréquemment, mais ça ne signifie pas que George doive réapprendre entièrement le dictionnaire. Il a simplement besoin de connaître la nouvelle combinaison, grâce à un message simple, et il peut alors modifier mentalement, la structure de tous les autres.
L'utilisation de ce système de cryptage nous permet de maintenir un contact radio, avec une grande sécurité, en employant un équipement extrêmement simple et transportable. Comme nos émissions radio n'excèdent jamais une seconde et peuvent se produire à tout moment, la police politique n'a pas les moyens de déterminer la direction précise d'un transmetteur ou encore de décoder un quelconque message intercepté.
Nos récepteurs sont aussi simples que nos émetteurs et sont un croisement entre un baladeur et une calculatrice de poche. Ils restent en marche tout le temps, et si un signal est reçu sur la bonne fréquence par l'un de nos récepteurs, il sera retransmis aux autres.
Ma contribution majeure en faveur de l'Organisation a été le développement de ces éléments de communication -- et, en pratique, la réalisation de bon nombre de ceux-ci.
La première série de messages, diffusée par le Poste de Commandement de Washington à toutes les unités du territoire, a eu lieu dimanche. Les instructions pour chaque unité étaient d'envoyer leur contact pour faire le bilan de la situation numérique, recevoir les instructions et faire le point concernant leur unité.
Lorsque George revint de son briefing de dimanche, il répercuta les informations auprès de nous tous. La pénurie d'essence se faisait sentir, même s'il n'y avait pas encore de troubles sur Washington, et le PCW s'inquiétait de la teneur des rapports émanant de la police politique, transmis par nos informateurs.
Le système mettait tout en oeuvre pour nous alpaguer. Des centaines de personnes suspectées d'entretenir des liens ou d'avoir de la sympathie pour l'Organisation, ont été arrêtées et interrogées. Parmi elles figurent certains de nos "légaux," mais a priori, les autorités n'ont pas été capables de trouver quoique ce soit de probant à leur encontre. Pour l'instant leurs interrogatoires n'ont pas pu produire d'éléments tangibles. Tout de même, la réaction du système aux événements de Chicago a été plus étendue et plus énergique que prévue.
Ils travaillent sur l'informatisation et la généralisation d'un passeport intérieur. On fournira à toute personne, dès l'âge de 12 ans, un passeport exigible à tout moment, sous peine d'une sévère amende. Non seulement les passeports pourront être demandés lors de contrôle de police, mais ils étudient la possibilité de rendre cette pièce obligatoire pour quantité d'opérations courantes, comme acheter un billet d'avion, de bus ou de train, signer le registre d'un hôtel ou d'un motel et recevoir des soins médicaux dans un hôpital ou une clinique.
Tous les guichets, les motels, les cabinets médicaux seront équipés de micro-ordinateurs, reliés par les lignes téléphoniques à d'énormes bases de données nationales et un serveur central. Un consommateur devra taper le code magnétique de son passeport, préalablement à un achat, au règlement d'une facture ou à la commande d'un service. Si une irrégularité apparaît, un voyant alertera le plus proche poste de police, localisant depuis le serveur principal le délinquant et infortuné client.
Ils ont déjà planché sur ce passeport intérieur depuis quelques années et ont tout étudié en détail. La seule raison pour laquelle ils n'ont pas pu instaurer ce principe, c'est à cause des groupes pour les libertés civiques. Ces derniers y voient un pas vers l'état policier -- et c'est bien le cas. Mais désormais, le Système est sûr de pouvoir balayer cette résistance des libertaires, en ce servant de nous comme prétexte. Tout est permis dans le combat contre le "racisme"!
Cela prendra au moins trois mois pour installer les infrastructures nécessaires et rendre le système opérationnel. Mais ils sont en train de faire le plus vite possible, et l'annonceront comme un fait accompli avec le plein soutien des médiats. Ensuite, le système sera étendu graduellement, avec des terminaux d'ordinateurs installés chez tous les petits détaillants. Personne n'aura plus la possibilité de commander un repas au restaurant, d'acquérir de la lessive, ou de faire des courses sans avoir passé son numéro magnétique de passeport devant le scanner d'une caisse enregistreuse.
Certains savent même que le support de ce numéro d'identification pourra être une puce implantée dans notre organisme, comme cela se fait déjà en remplacement du tatouage pour les animaux. Il suffira d'une injection, de type vaccinal, pour que le microprocesseur soit en nous pour toujours et que l'on puisse nous repérer par satellite où que nous soyons. Il paraît même que les chercheurs de ZOG auraient mis au point une puce, sous forme de cristaux liquides, capable de se fixer sur nos protéines et de modifier notre volonté. Raison de plus de se méfier de leurs vaccins, qui représentent soi-disant un bienfait pour l'humanité.
Quand les choses en seront à ce point, le Système aura une emprise très forte sur les citoyens. Avec, à sa disposition, la puissance des ordinateurs modernes, la police politique sera en mesure de repérer n'importe qui, n'importe quand, et de savoir où est une personne et ce qu'elle fait. Nous allons devoir nous creuser la tête pour contourner ce système de passeport.
D'après ce que nous ont dit nos informateurs, ne se posera pas seulement le problème de contrefaire des passeports et de maquiller leurs numéros. Si l'ordinateur central repère un faux numéro, un signal sera aussitôt transmis à un commissariat. La même chose se produira si John Jones, résidant et utilisant son passeport à Spokane pour faire ses commissions, se retrouve soudain à faire de même à Dallas. Ou encore si, l'ordinateur ayant formellement identifié Bill Smith dans un bowling de Main Street, le repère en même temps dans une laverie automatique à l'autre bout de la ville.
Tout cela représente de terribles perspectives pour nous -- toute cette mise en oeuvre, seulement réalisable depuis peu, sur le plan technique. Il nous avait paru impossible que le Système tente cela.
Une partie des nouvelles que George nous rapporta de sa réunion me concernait. J'étais convoqué sans délai par l'Unité 2 afin de résoudre une difficulté technique qu'ils rencontraient. D'ordinaire, ni George ni moi ne devions avoir connaissance de la localisation de la base de l'Unité 2. S'il devenait nécessaire de rencontrer quelqu'un de leur unité, cela devait avoir lieu à un autre endroit. Seulement ce problème m'obligeait à me rendre à leur cache et George me répéta les indications qu'il avait reçues.
Ils étaient situés dans le Maryland, à plus de 30 miles de nous, et comme je devais embarquer tous mes outils, je pris la voiture.
Ils disposent d'un magnifique site, une grande ferme et quelques dépendances sur quelques 40 âcres de prairies et de bois. Ils sont huit dans leur unité, soit plus que dans la nôtre, mais apparemment aucun d'entre eux ne peut différencier un volt d'un ampère et savoir par quel bout s'attrape un tournevis. C'est inhabituel, car le plus grand soin aurait dû être apporté à la formation de nos unités, lors de la distribution de ce précieux et sensible matériel.
L'Unité 2 est assez proche de deux autres unités, mais toutes trois présentent l'inconvénient d'être éloignées des neufs autres du secteur de Washington -- et plus spécialement de l'Unité 9. Celle-ci était la seule dotée d'un transmetteur pour contacter le PCW. Pour cette raison le PCW a décidé de leur donner un transmetteur, mais ils n'ont pas été capables de le faire fonctionner.
La raison de leurs difficultés m'apparut évidente dès qu'ils me firent pénétrer dans leur cuisine, où leur transmetteur, une batterie de voiture, et d'autres étranges fils étalés sur la table. En dépit des explications précises que j'avais préparé avec chaque transmetteur et malgré les nombreux signes visibles sur et sous le boîtier, ils avaient branché les bornes sur les mauvais pôles.
J'ai demandé à deux d'entre eux de m'aider à sortir mon matériel de la caisse. Pour commencer, j'ai vérifié l'état de leur batterie qui s'avéra être complètement déchargée. Je leur ai demandé de la brancher sur le chargeur pendant que je vérifiais le transmetteur. Un chargeur? Quel chargeur, me demandèrent-ils? Ils n'en avaient pas!
A cause des variations et des sautes de tensions des lignes électriques de ces derniers jours, tout notre matériel de communication était alimenté par les batteries (rechargée de temps à autre sur les prises de courant). A raison de cela nous n'étions pas tributaires des pannes où des grèves, comme celles qui avaient lieu toutes les semaines, voire tous les jours, depuis ces dernières années.
Tout comme les autres services publics du pays, le prix de l'électricité n'avait cessé d'augmenter à mesure que sa fiabilité baissait. Au mois d'août dernier, par exemple, le service de distribution électrique pour les particuliers de Washington a été complètement défectueux durant quatre jours et le voltage a été réduit de 15% sur un total de 14 jours.
Le gouvernement a diligenté une enquête et établi un rapport relatif à ce problème, mais c'est tout simplement devenu encore pire. Tout ça car aucun politicien n'était prêt à faire face à la cause réelle de ce problème. C'est en fait l'un des désastreux effets de la domination israélienne sur la politique extérieure de Washington, au cours des 20 dernières années, qui a entraîné la dépendance américaine vis-à-vis du pétrole étranger.
Je leur ai montré comment relier la batterie à leur camionnette, en cas d'urgence. J'ai ensuite ouvert le transmetteur pour constater les dommages. On devra trouver un chargeur pour leur batterie plus tard.
La partie la plus critique du transmetteur, le processeur de cryptage, générant le signal numérique depuis le clavier miniature, semblait être en état. Il était protégé par une diode, contre des dommages pouvant être causés par un court-circuit. Par contre, dans le transmetteur proprement dit, trois transistors étaient grillés.
J'étais pratiquement sûr que le PCW devait avoir un transmetteur en réserve, mais avant d'en récupérer un, je devais leur envoyer un message. Cela signifiait en clair: envoyer un courrier à l'Unité 9 qui fera part de la demande au PCW. Ce dernier devra s'arranger pour qu'un de leurs hommes nous en assure la livraison. J'hésitais à déranger le PCW, au regard de nos consignes de restrictions des liaisons radio, afin de laisser le champ libre aux seuls messages prioritaires.
Comme l'Unité 2 avait de toute manière besoin d'un chargeur de batterie, je décidais d'obtenir des transistors de rechange, dans un magasin spécialisé, en même temps que je prendrai un chargeur. Ainsi je ferai la réparation moi-même, mais c'était plus facile à dire qu'à faire. Il était plus de 18 heures quand j'ai finalement quitté la ferme.
Le réservoir était à sec lorsque j'ai quitté leur allée. Inquiet d'avoir à me servir de ma carte de crédit à la station service et ne sachant pas où trouver de l'essence au noir dans les parages, j'ai dû demander à ceux de l'Unité 2 de me fournir quelques gallons d'essence pour rentrer. Et bien, non contents de ne pas avoir plus d'un gallon dans le réservoir de leur camionnette, ils ne savaient pas non plus à qui s'adresser pour le marché noir.
Je me demandais comment un groupe aussi abruti et dépourvu de ressources pourrait survivre en tant qu'unité clandestine. Il semblait que l'Organisation ait rassemblé dans une même unité tous ceux qui ne semblaient pas aptes pour les activités de guérilla. Quatre d'entre eux étaient rédacteurs au service des publications de l'Organisation, et ils continuent leur boulot à la ferme en réalisant des pamphlets de propagande et des tracts. Les quatre autres jouent le rôle de l'intendance, s'occupant du ravitaillement en nourriture et autres denrées.
Comme personne dans l'Unité 2 n'avait vraiment besoin d'un moyen de locomotion, ils ne s'étaient pas préoccupés du carburant. Finalement, l'un d'eux s'est porté volontaire pour aller siphonner de l'essence à une ferme voisine. Après cela, nous avons subi une autre panne d'électricité, m'empêchant d'utiliser mon fer à souder. J'ai laissé tombé pour cette journée.
Cela me prit tout le lendemain et une bonne partie de la nuit pour arriver à remettre en état leur transmetteur, du fait de nombreuses difficultés que je n'avais pas prévues. Quand le boulot fut terminé, aux alentours de minuit, j'ai suggéré que le transmetteur soit disposé dans un endroit plus approprié que la cuisine, de préférence au grenier ou au deuxième étage de la maison.
Nous avons trouvé un endroit adéquat et tout monté à l'étage. Dans l'agitation, je me suis fait tomber la batterie sur le pied droit. J'étais presque sûr de m'être cassé le pied. Je ne pouvais plus faire un pas.
Il en a résulté la perte d'une nuit supplémentaire à la ferme. En dépit de leurs défauts, tous les gars de l'Unité 2 était vraiment satisfaits de moi, et ont vraiment apprécié mes efforts en leur faveur.
Comme promis, on me fournit de l'essence pour mon retour. De surcroît ils ont insisté pour remplir la voiture d'un maximum de boîtes de conserve, pour mon rétablissement. Ils semblaient en détenir en quantité illimitée. Je leur ai demandé comment ils avaient fait pour en obtenir autant, et la seule réponse que j'ai reçue fut un sourire et l'assurance qu'ils pouvaient en avoir autant qu'ils souhaitaient. Peut-être avaient-ils plus de ressources que je ne l'avais imaginé en premier lieu.
Il était 10 heures du matin quand j'ai regagné notre immeuble. George et Henry étaient sortis, et ce fut Katherine qui m'accueillit en m'ouvrant la porte du garage. Elle me demanda si j'avais déjà déjeuné.
Je lui ai répondu que j'avais mangé avec l'Unité 2, mais je m'inquiétais pour l'état de mon pied. Celui-ci me lançait douloureusement et avait doublé de volume. Elle m'aida à gravir les marches pour gagner le lieu d'habitation. Elle me prépara une grande bassine d'eau glacée pour tremper mon pied.
L'eau froide fit désenfler mon pied presque instantanément. Je me suis calé avec reconnaissance sur les oreillers que Katherine avait disposés sur le canapé. Je lui ai expliqué comment je m'étais cogné et nous avons échangé d'autres nouvelles sur les événements de ces deux derniers jours.
Ils avaient tous trois passé les jours précédents à déblayer, faire de petites réparations, terminer de nettoyer et peindre, ce qui nous aurait pris plus d'une semaine. Avec le reste des fournitures que nous avions emmené pour aménager les lieux, ça prenait un aspect convivial. C'était une amélioration sensible, par rapport aux locaux dénudés, froids et sales du magasin lors de notre installation.
Katherine m'informa que la nuit précédente, George fut convié par radio à un autre rendez-vous avec un homme du PCW. Et, tôt le matin, lui et Henry sont partis ensemble, en lui disant uniquement qu'ils seraient absents toute la journée.
J'ai dû m'assoupir pendant quelques minutes, et lorsque je me suis réveillé j'étais seul et mon bain de pied n'était plus très froid. Mon pied semblait aller mieux, et la tuméfaction restait visible. J'ai décidé de prendre une douche.
C'était une douche de fortune, une seule arrivée d'eau froide, que j'avais installé avec Henry dans un grand placard, la semaine passée. Nous avons réalisé la plomberie et branché une lampe. Katherine a recouvert les murs et le sol avec du vinyle autocollant pour l'étanchéité. Le placard s'ouvrait sur la pièce que George, Henry et moi utilisions pour dormir, au-dessus de la boutique. Des deux autres pièces, Katherine utilisait la plus petite comme chambre et l'autre servait tout à la fois de salle commune, de cuisine et de salle à manger.
Je me déshabillais, pris une serviette et ouvrit la porte de la douche. Et je me suis retrouvé en face de Katherine, trempée, nue, et belle, debout face à l'ampoule, en train de se rincer. Elle me regarda sans surprise et sans un mot.
Je restais là un instant, et au lieu de m'excuser et de refermer la porte, je l'ai prise dans mes bras, impulsivement. Elle se raidit, hésitante. La nature reprit ses droits.
Nous sommes ensuite restés durant un long moment au lit et nous avons discuté. C'était la première fois que je parlais réellement à Katherine, en particulier. Sous la froideur professionnelle, dont elle a toujours fait preuve dans son boulot pour l'Organisation, perce une fille affectueuse, sensible et très féminine.
Il y a quatre ans, avant l'Opération Flingues, elle était secrétaire parlementaire. Elle partageait un appartement à Washington avec une autre fille travaillant également au Parlement. Un soir, de retour du travail, elle découvrit le corps de sa camarade reposant dans une flaque de sang. Elle avait été violée et assassinée par un intrus nègre.
C'est pourquoi Katherine acheta un pistolet et le conserva même après que la Loi Cohen rendit illégale la détention d'arme. Puis, comme presque un million d'autres, elle fut raflée lors des Opérations Flingue de 1989. Bien qu'elle n'eût préalablement aucun contact avec l'Organisation, elle rencontra George dans un centre de détention et ils sont restés en contact après avoir été arrêtés. Katherine était alors apolitique. Si quelqu'un l'avait interrogé, à l'époque où elle travaillait pour le gouvernement, ou avant cela, lorsqu'elle était étudiante, elle se serait probablement définie comme une "libérale". Mais elle était libérale seulement dans l'absolu, comme l'est machinalement, la plupart des gens. Sans vraiment y songer, ou tenter d'analyser cela, elle acceptait superficiellement l'idéologie contre-nature prônée par les mass-médiats et le gouvernement. Elle n'était ni bigote, ni culpabilisée ou pleine de ressentiment, tout ce qui mène à l'engagement de la majorité des libéraux.
Après que la police les relâcha, George lui a donné à lire quelques ouvrages sur la race, l'histoire et quelques publications de l'Organisation. Pour la première fois de sa vie elle commença sérieusement à réfléchir sur l'importance des questions raciales, sociales et politiques dans les problèmes actuels.
Elle apprit la réalité du mythe "égalitaire" du système. Elle comprit le rôle central des juifs en tant que ferment de décomposition pour les races et les civilisations. Et le plus important, était qu'elle commençait à acquérir le sentiment d'une identité raciale. Surmontant ainsi une vie entière de lavage de cerveau, cela la réduisait à l'état d'un atome humain, isolé dans un chaos cosmopolite.
Elle avait perdu son boulot au Parlement à la suite de son arrestation, et deux mois plus tard, elle se mit au service de l'Organisation en tant que dactylo, auprès de notre département publications. Elle est élégante et dure à la tâche, et elle a été promue au rang de correctrice, puis à la rédaction. De sa propre initiative, elle rédigea quelques articles pour des publications de l'Organisation. Elle a exploré tout particulièrement, à travers ses écrits, le rôle des femmes au sein du mouvement et plus largement dans la société. Le mois dernier, elle a été nommée rédactrice en chef d'un trimestriel de l'Organisation, orienté principalement vers le public féminin.
Sa carrière éditoriale est maintenant compromise, du moins temporairement. Sa contribution la plus significative à notre effort actuel, consiste en son remarquable et habile travail de grimage et de déguisement.
Même si le premier contact fut établi avec George, Katherine n'a jamais eu d'aventure ni de romance avec lui. Quand ils se sont rencontrés pour la première fois, George était encore marié. Par la suite, après que l'épouse de George, qui n'avait jamais approuvé son engagement, l'eut quitté et que Katherine ait rejoint nos rangs, ils étaient tous deux trop occupés, dans des départements différents, pour plus de relation. George, en fait, de part sa fonction de collecteur de fonds et d'organisateur itinérant sans cesse sur la route, n'était jamais beaucoup sur Washington.
C'est une pure coïncidence qui a fait que George et Katherine se retrouvent dans la même unité, mais manifestement, George ressent un certain intérêt pour elle. Bien que Katherine n'ait rien dit ou fait qui renforce ma supposition, jusqu'à ce matin je tenais pour acquis que le comportement de George vis-à-vis d'elle, trahissait la tentative d'établir une relation entre eux.
Comme George est le chef de notre unité, j'ai intériorisé mon attirance pour Katherine. Maintenant j'ai peur que la situation devienne délicate. Si George est incapable de s'y faire, les choses vont se ternir et ne pourront être résolues que par un transfert de personnel entre notre unité et une autre de la région.
De toute façon, il y a pour l'instant d'autres problèmes à résoudre -- et de bien plus importants! Quand George et Henry sont rentrés ce soir, nous avons découvert ce qu'ils avaient fait toute la journée: cela concernait le quartier général national du FBI, situé en ville. Notre unité a été désignée pour le faire sauter!
L'ordre initial venait tout droit du Commandement de la Révolution, un homme a été envoyé du Centre de Commandement Est, à la réunion de George dimanche, au PCW. Il a rencontré tous les responsables des unités locales et en a choisi un pour cette mission.
Apparemment le Commandement de la Révolution a décidé de passer à l'offensive contre la police politique avant qu'ils arrêtent trop de nos "légaux," ou qu'ils finissent de mettre au point leur système de passeport informatisé.
L'instruction fut donnée à George après qu'il ait été convoqué une seconde fois par le PCW hier. Un homme de l'Unité 8 était également à cette réunion. L'Unité 8 nous aidera.
En gros, le plan est le suivant: l'Unité 8 mettra en lieu sûr une grosse quantité d'explosifs -- entre cinq et dix tonnes. Notre unité détournera un camion effectuant une livraison officielle au siège du FBI. Nous nous rendrons au point de rendez-vous, où l'Unité 8 nous attendra avec les explosifs et nous les chargerons à bord. Nous roulerons jusqu'à l'aire de réception des marchandises, dans l'immeuble du FBI. Nous amorcerons la charge et quitterons le camion.
Pendant que l'Unité 8 résoudra le problème des explosifs, nous devrons réfléchir à tous les autres détails de la mission, y compris une connaissance des horaires de réception des marchandises du FBI. Nous nous sommes donnés une marge de dix jours.
Mon boulot sera de concevoir et de réaliser le mécanisme de la bombe en lui-même.
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